Youcef Merahi : « Pour 10 DA accordés à la langue arabe, il en faut 100 pour tamazight »

DSC06187A l’invitation de l’association Tiâwinine (les sources) du village de Wizgan (Bouzeguène), Youcef Merahi, écrivain, poète et ex-secrétaire général du HCA, a animé, samedi, au centre culturel Ferrat-Ramdane de Bouzeguène, une conférence-débat où il a évoqué la place de la langue tamazight dans la nouvelle Constitution.
À une question sur la place de tamazight dans la Constitution algérienne, Youcef Merahi n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour s’en prendre à l’article 3 bis qu’il juge discriminatoire. “En accordant un strapontin à la langue tamazight dans le projet de la future Constitution algérienne, le régime, qui octroie du coup le même strapontin sur les plans politique, culturel, social et économique à la population berbérophone, considère cette dernière comme une population d’assimilés dans un statut réducteur dans son propre pays”, dira-t-il. Et d’ajouter : “L’article 3 bis a suffi normalement au pouvoir pour tenter de nous leurrer. Que signifie l’expression : tamazight est également langue nationale et officielle, si ce n’est qu’elle abonde pour une autre démarche sournoise la rendant factice et dérisoire.
DSC06190DSC06189À quoi servirait une statue de Massinissa si sa langue n’est pas reconnue en tant qu’identité, civilisation et histoire. Elle était nationale sans l’être puisque rien n’a été fait pour la promouvoir et voilà qu’elle devient aujourd’hui, officielle sans aucune âme. Elle ne fait même pas partie des constantes nationales, puisque ces constantes sont l’islam, religion de l’État, et l’arabe, langue officielle et langue de l’État sans aucune référence à tamazight dans l’article 3. Pour les rédacteurs de cette Constitution, l’histoire de l’Algérie débute au VIIe siècle, pas avant. Tamazight se retrouve en marge de l’histoire dans son propre fief. Pour le régime, la création d’une académie pour étudier les voies et moyens de promouvoir tamazight vise, ni plus ni moins, qu’à la rabaisser et choisir la nouvelle transcription de tamazight qui doit se faire, soit en tifinagh, soit en caractères arabes que les tenants du pouvoir considèrent comme un facteur d’unité nationale. Pour eux, les caractères latins font référence à la France et à l’Occident et constituent un facteur de risque de division. Plus de quarante ans de travaux, de recherches et d’écritures de tamazight en caractères latins n’auraient servi qu’à diviser”.
Pour la transcription de tamazight, l’ex-secrétaire général du HCA reste catégorique : “Le latin demeure un choix pragmatique”, a-t-il soutenu, ajoutant que “techniquement, ni les caractères arabes ni ceux du tifinagh ne peuvent prendre en charge l’écriture de tamazight”.
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Youcef Merahi, à l’instar des nombreux chercheurs, écrivains et poètes d’expression berbère, considère qu’il est impossible de revenir à la case départ dans la recherche sur tamazight car ceux qui pensent qu’il est aisé d’effacer d’un coup des décennies de recherches opérées par des chercheurs dont plus de 99% sont d’origine kabyle, de Boulifa à Mammeri, entre autres, se trompent. “Indéniablement”, dira l’orateur, le combat pour tamazight commence maintenant.
Il faut aller vers un État unifié, régionalisé, seule issue pour bâtir et développer la langue tamazight et d’autres langues bien choisies. Enfin, l’ex-secrétaire général du HCA exige une prise en charge juste et équitable pour le développement de tamazight, précisant que “pour 10 DA octroyés à la langue arabe, il en faut 100 pour tamazight afin de rattraper le retard”.

Kamel K.

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