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LE CIMETIÈRE, MIROIR DE NOTRE TRADITION

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Cet article, sur la dimension spatiale de la mort, s’inscrit dans le prolongement d’une réflexion menée depuis longtemps déjà répondant a un souci déjà ancien que je portais aux rapports entre l’homme et la mort et aux interrogations nées de l’absence .
Il peut aussi vous paraître surprenant de parler de nos villages contemporains à partir des cimetières, Pourtant au même titre que les autres espaces, le cimetière est partie prenante de la composition de l’espace du village, des nouvelles lignes de partage et des nouvelles règles du jeu qui se mettent en place. Les pratiques rituelles et les formes de la vie collective s’y affirment et de nouveaux phénomènes de réorganisation y sont donc à l’œuvre à plus d’un titre et plus d’un niveau .Mais notre volonté est d’explorer et de réfléchir sur ce champ peu défriché : celui des relations entre le village et les cimetières, et sur la place, la nature et le rôle des cimetières dans les villages.L’approche historique, a permis de découvrir un socle permanent d’invariants qui caractérisait et caractérisent les relations entre les cimetières et les villages et a conduit à dégager trois dimensions fondatrices de cette interrelation : la proximité, l’ouverture et la familiarité (dans le sens famille)chaque village en Kabylie présente une histoire sociale, culturelle, religieuse riche, au sein de laquelle les cimetières tenaient une place de choix.

 

Élément du village, comme espace et comme équipement indispensable , le cimetière est l’objet de pressions de tous ordres . D’autant que le cimetière est un espace d’accumulation, handicap majeur face à une certaine logique à l’œuvre . L’espace du cimetière s’étend et se densifie, et l’espace se fait rare et la effectivement , selon un cycle naturel établi , on définit un autre lieu pour le repos des corps. Alors pourquoi dans le même temps, on tend a modifier et fragiliser les rapports des familles aux rites, à la mort en essayant des transformations rapide ? Les réalités socio-historiques qui ont régi la vie des cimetières jusqu’à présent peuvent être ébranler et déboucher sur l’apparition de plusieurs phénomènes : le contrôle des usages, la fermeture des lieux, transformation des pratiques…

Ainsi, s’il a existé une forte et ancienne interrelation entre les deux mondes, vivant et mort, faite d’échanges et basée sur des propriétés invariantes (proximité, ouverture, familiarité), face aux transformations profondes produites , ces liens se fragilisent ou peuvent se fragiliser. Et, on assiste à présent à une volonté de mutation de cette coexistence traditionnelle .

Il s’agit alors d’interroger les trois modalités qui forgeaient par le passé la relation entre le cimetière et le village : Le cimetière est le miroir du village car il est le lieu de l’origine et du sacré,Il est l’aire « historique » originelle considérée comme un des espaces majeurs du village et marque ainsi sa position . Intimement liée à la fondation de la personne bénéficiant ainsi d’un fort ancrage sacré et symbolique car elle côtoie les pôles religieux emblématiques du village qui atteste d’une sorte de continuum du sacré enraciné dans l’espace, et d’une interpénétration de la vie et de la mort.

Dans le prolongement de ce cimetière, les sépultures du cimetière sont le prolongement spatial et “naturel” de la vie sociale et religieuse, témoin d’un destin commun référence majeur du vivre ensemble.

Dans toute société, la mort qui fait irruption dans le déroulement de la vie est perçue comme un désordre que les rites sont censés encadrer, tant pour rassurer la communauté que pour permettre au défunt d’atteindre l’éternité. La mort dans la société est donc un moment clé de la vie sociale, elle n’est pas cachée ou refoulée mais apparaît comme “une séquence ouverte” acceptée comme partie intégrante de l’existence. De même si l’enterrement est présenté comme un acte social fort, communautaire et codifié et, si la mort a un ancrage topologique double maison/cimetière au sein de ce rituel funéraire, le cimetière apparaît comme l’élément le plus constant d’un dispositif spatial qui traduit les relations de proximité des vivants avec les morts. En ce sens et par mimétisme, le cimetière est souvent décrit comme un espace collectif et socialisé mais aussi comme un espace proche ( les ancêtres sont enterrés ), toujours ouvert et laissé à sa simplicité originelle, il faut donc qu’il soit enterré selon la tradition car pour transcender l’angoisse de mort chez les vivants et faire le deuil, il faut que les rites funéraires aient lieu.Le rituel autour du décès apparaît donc comme un moment de solidarité sociale (familiale et de voisinage) et un partage , les rituels des funérailles une fois accomplis, le cimetière devient le lieu du souvenir .

pour l’heure actuelle et pour longtemps encore, dans les villages , la pratique reste marquée par la tradition, les liens entre les cimetières et les habitants (surtout ceux qui vivent loin) sont fort . le cimetière comme espace de référence et de proximité marqué par un ancrage identitaire et familial. Les liens forts et quasi intangibles entre lieux de vie et lieux de mort sont donc plus que jamais indiscutable et indissociable.

La volonté de désaffection ou de dépérissement d’un cimetière inséré dans le tissu d’un village en tant qu’espace public traditionnel, approprié par le plus grand nombre et ouvert à de nombreuses formes de sociabilités, est ainsi annoncé : planification et mise à distance, tendances à la régulation des usages et pratiques, je répond que In fine, le cimetière ne peut être un lieu de confrontation et de contradiction forte. Si évolution, elle ne peut être qu’un cycle naturel et non une altération profonde du rôle, de la place et de la nature du cimetière dans ces perspectives d’espace ouvert et de lieu de rassemblement . Aujourd’hui, je reste sceptique face à la volonté de perte d’identité d’un lieu que divers projet suppose et cette dépossession et cette banalisation d’un espace que je considère comme empreint d’une nature forte pour ne pas dire sanctuarisé.

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Photo Nadjib Mouloudj
Rédaction

L'auteur Rédaction