Fermer

C’est ma vie : «Blanc Blanc», le Rambo de l’Akfadou

no thumb

Ce valeureux martyr, qui assura la protection efficace du colonel Mohand Oulhadj, 1482837-200539526800787-10609891-nchef de la Wilaya III historique, durant le début de l’’opération Jumelles lors de son repli stratégique à Bouzeguène tandis que des divisions entières le cherchaient dans l’’Akfadou et Bounaâmane, était l’’auteur d’’exploits de guerre sans précédent.

A sa mort les armes à la main, il n’’a laissé ni descendance, ni
photo, ni maison. Seul un pathétique manuscrit illustre la vie et le
parcours de cet héros, dont les souvenirs de ses inénarrables exploits guerriers parlent pour lui encore aujourd’hui’.

Surnommé par les soldats français Blanc Blanc en raison des traits physiques atypiques avec son crane dégarni et une taille de rugbyman, le fantôme du chahid Mohand ou Lounis Rachedi hante encore les souvenirs de ceux qui l’ont connu durant la guerre de Libération nationale, dont ses ennemis. Intrépide, son courage légendaire et son sens aigü des rapports humains rapportés par ses compagnons du maquis inspirent de fort belle manière les amateurs de sensations fortes.

Abdellah, son fils unique, le plus jeune chahid de l’Algérie
Pour lui faire payer chèrement ses outrecuidances et son audace, les
soldats français ont eu recours à un crime ignoble : infliger une
innommable torture à son unique bébé avant de le laisser mourir d’’une mort lente. Agé seulement de quelques semaines, Abdellah, nom hérité du célèbre moudjahid et chahid responsable politico-militaire de la région, le capitaine si Abdellah, connut le supplice avant de mourir de faim et de soif. Après son transfert dans un couffin comme une vulgaire marchandise dans de pénibles conditions climatiques, il a été accroché au mur d’une cellule étouffante jusqu’à ce que mort s’’ensuive.

Ainsi, Blanc Blanc a été privé d’une descendance qui aurait perpétué sa mémoire, ce dont ne voulaient absolument pas ses bourreaux, d’autant que le crime constituait aussi un exemple dissuasif pour les maquisards et leurs familles. Du coup, le bébé de Blanc Blanc est entré dans l’histoire en devenant le plus jeune chahid de la Révolution. Ce n’’est que justice pour la réappropriation et la transmission de l’histoire aux générations futures. Emue et choquée comme pas une, Nassima, actuellement en France et qui vécut non loin du camp militaire où avait été torturé le malheureux bébé, revisita l’histoire et les récits faits par des témoins du crime affligé à l’ange Abdellah et répercuta le drame sur un forum en ligne, relançant de ce fait le débat sur les crimes coloniaux en écrivant : «La jeune épouse de Blanc Blanc, qui a mis au monde quelques jours plus tôt un nouveau-né, a été incarcérée au camp de Houra.

Son bébé, qui a été suspendu à un crochet au mur, a été retrouvé
asséché.» Nassima n’est pas la seule à parler de Blanc Blanc puisque de nombreux témoignages d’historiens sont venus corroborer ses exploits dont les odes sont transportées par les vents pour être chantées et transmises de génération en génération. Sa veuve, décédée il y a seulement quelques années, a vécu elle aussi l’’enfer colonial. Torturée, elle a été emprisonnée au poste de Larbaâ, Tizi-Ouzou puis au camp de Houra jusqu’au 19 mars 1962.

Vivante, elle fut habitée par les rêves de la courte vie qu’elle avait partagée avec son époux dont elle a honoré la mémoire en restant humble et fière de lui. Les récits héroïques sur cette figure emblématique des combats dans les maquis envahissent tout l’’espace de cette épopée révolutionnaire. Jusqu’à déboucher sur une aventure humaine avec un sous-officier du camp militaire du village avec, en toile de fond, une rivalité et une dualité sur le terrain du courage et de l’’audace dont se prévalaient l’’un et l’’autre, chacun dans le rôle que leur a distribué l’histoire. C’était aussi les vicissitudes d’une sorte de guerre dans la guerre que se livraient à distance les deux hommes qui finirent par se respecter et transcender l’absurdité
d’’une guerre qui n’’avait pas lieu d’être. Selon le témoignage d’un
villageois, tout avait commencé lorsque le sergent-chef Robert, un
rescapé de la guerre d’Indochine devenu sous-lieutenant mais qui avait gardé son appellation de sous-officier, fort connu dans la région pour ses extravagances militaires consistant par exemple à sauter d’’un convoi pour continuer seul son chemin avec sa carabine américaine à travers le maquis, voire à chasser la perdrix non loin du poste militaire, s’’est un jour insurgé contre les pratiques barbares dont se rendaient coupables des soldats de la Légion étrangère qui exerçaient sur les populations de sévères brimades et des sévices qui ne disaient pas leurs noms.

Non seulement il leur a interdit l’’accès au village, mais il ordonna à ses hommes de tirer à vue sur quiconque des légionnaires qui oserait
outrepasser ses ordres, cela après avoir assommé l’’un des entreprenants légionnaires. La nouvelle parvint jusqu’à Blanc Blanc qui tendit un jour une embuscade au sergent chef Robert, histoire de faire cesser son arrogance consistant à braver les maquisards en s’’aventurant seul dans des portions de maquis réputés dangereux. Mais aussi à lui témoigner une sorte de reconnaissance pour sa réaction envers les indélicats légionnaires.

Notre interlocuteur soutient que lors de cette embuscade inédite, qui était essentiellement destinée à servir d’avertissement et de semonce à l’audacieux soldat français qui comprit la leçon en ne se hasardant plus dans les environs du poste et que s’il s’en était sorti seulement avec des frayeurs, c’est par la grâce de son attitude envers les légionnaires qu’il avait menacés de mort s’ils s’aventuraient au village.

Et depuis, la mémoire collective retint que ces deux hommes,
qui étaient restés fidèles à leurs principes, maintinrent à distance une relation virtuelle basée sur le respect des valeurs de la guerre.

Quelques exploits de Blanc Blanc relatés par des historiens
La population s’abreuve des exploits de Blanc Blanc dont
quelques-uns ont été relatés par des moudjahidine tels Salah Mekacher, secrétaire de la Wilaya III historique, et Amar Azouaoui, secrétaire du colonel Mohand Oulhadj, notamment durant l’opération Jumelles qui avait vu la France engager 60 000 hommes pour mater la rébellion au sein de la Wilaya III. Selon Salah Mekacher, Blanc Blanc qui était à la tête d’’un commando fortement armé menait des actions spectaculaires qui semaient la peur chez l’’ennemi qui redoutait beaucoup les confrontations avec son commando d’’où ils laissaient souvent des plumes même en faisant intervenir l’’aviation.

L’’audacieuse opération de désertion mise sur pied par le chahid Mohand ou Lounis qui organisa l’’évasion de deux appelés,
les nommés Belbel, de son vrai nom Harbouche Bachir, un ex-joueur de l’’USM Sétif et Ferfara qui rejoignirent ainsi le maquis avec un lot d’armes et de munitions, fait encore référence.

Malgré la présence d’’un poste militaire à Aït-Semlal, son village, Blanc Blanc se permettait des incursions dans la localité pour rendre visite à sa tante Ounissa, la veuve du chahid Rachedi Amar tombé au champ d’honneur dans la région d’Azeffoun lors d’une mémorable bataille. De ces visites, il en sortait avec plein de renseignements sur les mouvements troupes, mais aussi avec de salutaires ravitaillements pour les maquis sur lesquels se refermait l’’étau.

A Taourirt, il élimina successivement trois parachutistes qui le
surprirent dans un refuge en train de sécher son pantalon mouillé. Il
réussit à escalader le toit de la cabane avant de s’évaporer dans le
foisonnant maquis tout proche échappant ainsi aux parachutistes venus en nombre.

En juillet 1960, il s’’illustra par un courage exemplaire en réussissant à s’’extraire d’’une cache à Ahrik éventée par les militaires français d’’un camp voisin qui l’encerclèrent et la prirent pour cible pour liquider tous ses occupants. Mohand ou Lounis réussit une sortie spectaculaire en ouvrant le passage à ses compagnons en lançant des grenades sur les soldats ennemis qui furent pris de panique en s’’apercevant qu’’il s’agissait de Blanc Blanc dont la réputation était bien établie chez les soldats français de la région.

Lors de cette opération, Belabbas Mohand Oukaci et l’’évadé Belbel sont malheureusement tombés au champ d’’honneur les armes à la main.

De ses multiples accrochages avec l’’armée française l’’on retiendra ce témoignage corroboré par Roger Enria qui évoqua dans ses extraits de mémoire l’’embuscade menée par notre héros sur un convoi militaire rentrant de Sahel après une expédition punitive.

Blanc Blanc qui remontait de l’’oued Sahel avec Makhlouf Hijeb saisit cette opportunité pour attaquer à lui seul le convoi. En habile tireur qu’’il était, il salua d’’abord le convoi formé d’’une Jeep et d’un camion avant de viser la cartouchière d’’un soldat et atteindre une grenade qui explosa en causant des dégâts énormes aux militaires à bord du véhicule. Blanc Blanc disparut alors dans les fourrés. Voilà ce qu’’en écrivit le soldat Roger Enria : «Au retour d’une opération de routine, dans la région de Sahel, survint le drame ; des éléments de la 4e compagnie rentrant à leur base tombent dans une embuscade. Maurice Innocenti s’’en souvient, il appartenait à cette section. En plein milieu du chemin, quelques rafales et les fells décrochent.

Un malheureux hasard veut qu’’une des balles atteigne une
musette pleine de grenades qui explosent. Un caporal-chef a la hanche fracturée, une première classe a la cuisse brisée et un caporal la main droite déchiquetée par des éclats. D’autres passagers du camion, moins grièvement blessés, sont évacués à Tizi-ouzou et Alger pour le caporal L., dont on apprendra le décès quelques jours plus tard.» Plusieurs autres accrochages sont à mettre à l’’actif du chahid dont les résonances avaient pour but de tempérer l’ardeur des soldats de l’’armée coloniale pour leur faire passer «l’’envie de bouffer du fellouze».

C’’était d’’ailleurs l’’un de ces accrochages qui lui a coûté la vie le 23
février 1961 ainsi qu’’à quatre de ses compagnons, mais à quel prix !
L’’on reviendra aussi sur cette opération suicidaire dirigée contre les
redoutables militaires du 27e Bataillon des chasseurs alpins basés à
Takharouvth dans l’’enclave de Assif Ouserdoun qui s’’étaient déployés sur les hauteurs de Bouzeguène durant l’’opération Jumelles pour mettre la main sur les membres du commandement de la Wilaya III, le colonel Mohand Oulhadj en tête signalés par les renseignements.

Mohand ou Lounis, qui faisait partie de la garde rapprochée de Mohand Oulhadj, engagea alors à la tête de son commando une suicidaire opération-subterfuge destinée à attirer les chasseurs alpins loin du refuge provisoire des chefs FLN basé à Aït-Saïd et sur lesquels le piège se refermait. Une action qui s’’est soldée par la neutralisation de plusieurs soldats ennemis et par la mort de moudjahidine au cours d’’âpres combats qui ont duré une partie de la nuit.

De ce fabuleux héros, l’’on a lu une copie de l’’une de ses lettres adressée à son compagnon le sergent-chef si Idir alors en convalescence. Dans un style respectable pour l’’époque (Mohand Ou Lounis avait étudié à Sidi Aïch avant de rejoindre le maquis ), il lui a fait part de l’’envoi de son portefeuille et d’’une paire de godasses tout en s’’informant de son état de santé après les blessures subies durant un accrochage.

La lecture de ce genre de manuscrits portant le sceau du FLN/ALN, avec l’’en-tête de la République algérienne, rédigés des mains
de gens qui ne sont plus de ce monde pour avoir sacrifié leur vie pour l’’indépendance, ne laisse guère insensibles les lecteurs… Surtout quand son auteur s’’appelle Blanc Blanc, du blanc qui orne désormais le drapeau algérien pour lequel il a consenti le sacrifice suprême en ne laissant derrière lui que son souvenir. Car ce valeureux chahid ne dispose même pas d’’une petite stèle et encore moins d’’une baptisation de rue pour perpétuer sa mémoire en l’’absence de progéniture, ce qui a poussé des fils de chahid à dire que «Mohand ou Lounis monté au maquis à l’’âge de 19 ans a été un grand héros de la Révolution oublié par l’’État».

lesoir-Source originale de l’article

L'auteur