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Il est à vingt minutes du chef-lieu de la commune de Bouzeguène Mouya, le village oublié

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    Privé d’un minimum vital, le village est progressivement abandonné par ses enfants qui le quittent pour aller à la recherche d’un autre endroit plus clément.

    Mouya est un village situé sur le versant ouest, à une vingtaine de minutes du chef-lieu communal de Bouzeguène, sur la route d’Azaghar, juste à droite de l’ancienne décharge communale. On emprunte une route longue d’environ 1,5 km qui mène vers les oliveraies d’Ath Handla, puis on bifurque, toujours à droite, sur un chemin agricole, difficilement carrossable. On roule, avec un camion, à “zéro à l’heure” pour éviter de patiner sur cette terre humide. Cette piste relie, à n’en pas croire, un monde “civilisé” à un hameau d’un autre âge, abandonné depuis des lustres et sans aucune commodité. Ce village a accueilli, à maintes reprises, le colonel Mohand Oulhadj et ses hommes, durant l’opération “Jumelles”, en 1959, une terre natale de valeureux combattants de l’ALN. Le village est aujourd’hui en passe de devenir une cité fantomatique. Privé d’un minimum vital, Mouya est progressivement abandonné par ses enfants qui, le cœur brisé, le quittent pour aller à la recherche d’un autre endroit plus clément qui assurera pour les enfants une place sur le banc d’une école.

    Privées de la majorité des besoins primordiaux pour que les villageois puissent mener une vie décente, les quelques familles restantes vivent en marge du développement. Sans électricité, sans route, sans eau courante, sans école, les familles s’éclairent pendant quelques heures au groupe électrogène, avant de l’arrêter pour passer à la bougie afin d’économiser le carburant. Été comme hiver, la vie est la même. Difficile d’aller chaque jour à Bouzeguène sur une piste difficilement carrossable pour s’approvisionner en gasoil et en produits de première nécessité. La plupart des familles ont quitté cet endroit afin de s’installer, pour la majorité, à Ighil Tizi Boa où ils ont scolarisé leurs enfants.

    Les familles reviennent de temps à autre pour visiter leurs maisons qui disparaissent peu à peu sous les broussailles par la faute des autorités qui ont tourné le dos aux doléances des villageois. Rien n’est fait pour désenclaver le hameau et permettre aux villageois de revenir. “Nous souhaitons bien revenir nous réinstaller sur la terre de nos ancêtres. Malheureusement, cela est impossible en l’absence des conditions minimales de vie décente”, lâche M. Sid Ali, un entrepreneur toujours en activité. Dda L’bachir, un vieux âgé de plus de 90 ans, s’accroche, vaille que vaille, au village de ses aïeux qui sont venus s’installer à cet endroit il y a plus de quatre siècles. “J’ai usé mes souliers en arpentant les escaliers de l’APC pour aller réclamer nos droits comme le reste des villages de la commune de Bouzeguène, mais je n’en ai eu que des promesses. Aucun maire n’est venu nous rendre visite depuis l’indépendance, à l’exception du maire indépendant Slimane Acherar dont le mandat, à l’époque (en 2003), n’a duré que 18 mois, pour cause d’élections locales anticipées. Il nous a promis le sablage de la route, mais il ne l’a pas fait, son mandat étant écourté. C’est de la hogra, n’est-ce pas !”, lance-t-il.

    En été, c’est l’enfer ! En l’absence d’électricité, on ne peut pas conserver nos aliments sans réfrigérateur. Sans eau courante, les familles consomment l’eau d’une source miraculeuse qui coule de la montagne depuis plus d’un siècle. L’eau est récupérée dans un bassin au ras du sol, recouvert de particules aux couleurs de la rouille en raison du taux élevé de concentration du fer. L’eau n’est pas utilisée pour la préparation des aliments. Pour la cuisine, il faut aller chercher l’eau potable à plusieurs kilomètres de là.

    Le seul avantage pour Dda L’bachir, c’est le raccordement au gaz naturel, cela est rendu possible grâce au gazoduc qui traverse sa propriété de bout en bout. On croit savoir qu’il s’agit de compensation à défaut de rétribution. M. Sid Ali garde toujours l’espoir de voir son village repêché dans le cadre du plan de financement des zones d’ombre. L’espoir est, en tout cas, permis.

    KAMEL NATH OUKACI-liberte-algerie

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