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Avant d’entrer dans le vif du sujet , en l’occurrence l’attrait pour les bandes dessinées des années 60, rappelons l’impact de ces illustrés sur les enfants et adolescents des années 50et 60. Pour étancher sa  soif d’évasion et de rêve ou encore de loisirs qui étaient quasi-inexistants, cette génération qui n’avait ni télévision ni cinéma pour la distraire se rabattait sur les illustrés. Plusieurs héros qui ne mouraient jamais, animaient ces séries de bandes dessinées qui constituaient l’unique «  littérature » en l’absence de bibliothèques et donc d’ouvrages pouvant combler le déficit en lecture.

C’est cette lecture dont s’est essentiellement abreuvée ce qui était devenu plus tard l’élite intellectuelle qui ne faillit jamais à sa mission. Ainsi, les MIKI le RANGER ( héros emblématique , un adolescent courageux et téméraire dont le nom est aujourd’hui désigné pour nommer les bandes dessinées des séries télévisuelles), personnage créé en 1951 avec Double Rhum et le docteur Saignée , KIWI, YUMA, et autres BLEK LE ROC connurent de véritables heures de gloire au point de revenir sous d’autres formes pour certains magazines aujourd’hui.  ZEMBLA, qui débute en 1963, est un héros  de la lignée de Tarzan qui n’a peur de rien. Le succès tiré de cette œuvre a eu un prolongement jusqu’en 2003 et encore aujourd’hui sur le WEB. Mais aucune commune mesure avec la version papier dont on ne pouvait se passer allant jusqu’à créer un réseau de lecteurs par une sorte de bibliothèque virtuelle consistant en des prêts qui revêtaient l’aspect de trésors de rêves et d’évasion. Et aussi d’incarnation de rêves de liberté et de fidélité à l’amitié même si les histoires en elles mêmes travaillaient des intérêts qui nous échappaient alors.

Celui qui avait la chance de se procurer un nouveau numéro du capitaine Miki, Blek ou Zembla était sûr de susciter envie et convoitise. Il ne sera lâché que le jour où il le prêtera à un autre qui le fourguera au voisin jusqu’à ce que tout le village l’ait lu. Les albums étaient considérés alors comme de véritables trésors. Et l’on comprend dès lors pourquoi beaucoup d’enfants de cette génération savaient lire avant même d’entrer à l’école. La lecture se faisait à la lumière blafarde d’une lampe à huile sous les couvertures de laine alors que dehors la neige faisait son œuvre. Ou encore autour du kanoun mais dans un silence sidéral.  

C’est dire pourquoi cette rencontre impromptue l’été dernier avec la jeune HAMMAR Tanina, lisant un illustré de Zembla , nous fit l’effet d’une bombe. Plongée dans la lecture de la bande dessinée, elle ne nous entendit pas lui dire notre émerveillement de la voir nous replonger dans notre enfance plusieurs décennies en arrière. Une période dure faite de partage et de complicité dans la misère.

La fille nous dit tout l’attachement qu’elle porte à ce genre de lecture. Pas pour les mêmes motivations que nous autres rescapés d’une autre époque. Mais nous avons quand même en commun le même amour pour la lecture. Et ces magazines nous permettaient de prospecter dans un imaginaire qui nous propulsait loin derrière nos montagnes. Tanina est étudiante en 1ère année  à l’Université. Son amour pour les langues la rend ouverte à toutes les cultures et à toutes les lectures. Son père Mohand Arab, professeur de français est pour beaucoup dans cette tendance à la curiosité littéraire sous toutes ses formes. Merci TANINA pour cette douce nostalgie dans laquelle tu nous as (re) plongés en tant que lecteurs solitaires et solidaires qui n’avaient pas alors  d’autres  lectures à se mettre sous… les yeux.

                                     Salem Hammoum le 19 déc. 2014

 

 

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