Couverture de La Petite Kabyle (c) @camillemoissinac

Belle entrée sur la scène de la littérature jeunesse. Sonia Amori et Coralie Paquelier viennent de publier “La petite Kabyle”. Un formidable livre illustré qui met en scène une fillette intrépide, courageuse, et féministe. Au rythme de ses péripéties, elle nous emmène à la découverte de la culture amazigh (berbère en français), de la région du Rif marocain, en passant par l’Algérie ou l’Egypte, jusqu’au Sahel Ouest-Africain sur les terres du Mali et du Niger.

L’histoire est contée en une dizaine de pages. Le premier tome, En route pour Chefchaouen, vient juste d’être publié.  Et déjà, on est pris d’un fort sentiment d’attachement pour « La petite Kabyle ». Adorable bouille aux boucles rousses, qui n’a peur ni du noir, ni des aventures solitaires, lorsqu’elle déambule dans les ruelles de la casbah ou qu’elle dévale à vélo 2000 km de pistes sur la chaîne du Rif au Maroc. Bien loin du lieu de vie de La Petite Kabyle. Car cette héroïne habite à Marx Dormoy, quartier multiculturel et populaire du nord de Paris, dans le 18 ème arrondissement de la capitale française.

Là où vit également Sonia Amori, co-auteure avec Coralie Paquelier de ce livre illustré. Deux copines à l’orée de la trentaine, comédiennes de formation, qui à côté de leur passion commune pour le théâtre et le cinéma, cultivent chacune d’autres talents créatifs. Sonia Amori, elle, a créé une marque de mode vegan La Petite Kabyle, qui lui insufflera l’idée de ce livre du même nom afin de promouvoir davantage encore la culture amazigh, plus connue sous l’appellation berbère.

Plus de 30 millions d’Imazighen (Berbères) répartis en Afrique et en Europe

Les populations berbères sont dispersées au sein de différents Etats : l’Algérie, le Maroc, La Libye, l’Egypte, la Mauritanie, le nord du Sénégal, le Mali, le Niger et  le Burkina Faso. Auxquels, il faut ajouter les pays où vit la diaspora notamment en France, en Belgique, en Allemagne etc.

C’est sous l’appellation « berbères » (qui vient du mot barbare) qu’on désigne ces communautés à partir du VII ème siècle mais elles préfèrent l’usage du terme Imazighen, qui signifie hommes libres, pour les désigner. Ces populations ont en commun une langue, le tamazight (ou le berbère), en usage dans un espace de près de 5 millions de km2 qui comprend l’Afrique mais aussi historiquement les îles Canaries.

Elle se décline sous plusieurs dialectes (le zénète du Rif au Maroc mais aussi en Tunisie et en Libye, le tamazight de l’Atlas, le chleuh du Sud-ouest, le kabyle, le chaoui et le mozabite d’Algérie, le tamasheq du Sahara central).

 

Quand Sonia Amori invite son amie Coralie Paquelier à rêver avec elle de ce personnage embryonnaire, la diplômée des Beaux-Arts de Montréal accepte de suite. L’illustratrice tient le blog La vie est merveilleuse, où elle raconte sa vie au Québec et a déjà réalisé une première bande-dessinée éponyme. Tandis que Sonia était, jusqu’ici, étrangère à cet univers. Mais le duo se complète. “ Sonia a plein d’idées, raconte-t-elle. On échange dessus, on écrit les histoires à quatre mains, ensuite je me charge des illustrations.” Ce qui est loin d’être évident lorsqu’on a jamais été au contact avec cette culture. “C’est vrai je ne suis jamais allée à Chefchaouen et on ne peut pas dire que je connaisse cette culture, explique Coralie, originaire de Normandie. Je la découvre en même temps que je la fais découvrir.”Sonia Amori (à gauche) et Coralie Paquelier (à droite), co-auteures de La Petite Kabyle  (c) @christianmamoun

Je fais beaucoup de recherches et il m’est même arrivé de consulter le site Airbnb, sourit-elle, pour observer les intérieurs des maisons et m’en inspirer.

Au contraire Sonia, née à Tizi-Ouzou en Grande Kabylie, a baigné dans cette culture. Enfant de la guerre civile des années 1990, elle a quitté l’Algérie à l’âge de 8 ans avec sa famille pour s’installer à Paris. Le personnage de La Petite kabyle est fortement inspiré de sa personne. « C’est un mini-moi » s’amuse t-elle.

 Les Maghrébines sont la plupart du temps enfermées soit dans des rôles de femmes soumises, soit dans des personnages agressifs, racailles ou alors bimbo. 
Sonia Amori, co-auteure de La Petite Kabyle.

Mais les raisons qui l’on poussée à imaginer cette héroïne avec son acolyte sont profondes et sérieuses. “Il n’existe pas en France des personnages auxquels on peut s’identifier en tant que bèrbères, souligne-t-ellePuis dans mon expérience de comédienne, j’ai souvent ressenti un malaise en interprétant des rôles qui n’étaient pas représentatifs de ma communauté. Au cinéma comme à la télévision, on est condamné à incarner soit des migrants, soit des terroristes. L’image des Maghrebines y est foncièrement stéréotypée. Elles sont la plupart du temps enfermées soit dans des rôles de femmes soumises, soit dans des personnages agressifs, racailles ou alors bimbo. » Bien loin de ses modèles de grands rois et de reines comme la Kahina, la résistance Lala Fatma N’Soumer, et plus proche de nous, le chanteur Matoub Lounès, ou encore sa grand-mère Taous, qui forment ses sources d’insipiration.

On dirait qu’on ne veut plus montrer cette beauté, souffle-t-elle.  Nous sommes aussi des êtres tendre, courageux, et battants. C’est pour ça que j’ai voulu mettre en scène une fille intrépide, aventurière, qui met en lumière sa culture très riche et la partage.” 

Le but est joliment atteint. Dès les premières pages, on découvre l’héroïne dans sa classe avec sa jupe bariolée orange et jaune, couleurs chatoyantes des tenues berbères. Et signe annonciateur de la personnalité de La Petite Kabyle, elle monte sur l’estrade “d’un pas décidé” pour raconter à ses camarades ses vacances à Chefchaouen au Maroc. Ainsi commence le voyage enchanteur dans la culture amazigh. On découvre les spécialités culinaires comme la Bissara, soupe marocaine à base de pois cassés, des instruments de musique, des tenues traditionnelles, et des décors typiques.

La Petite Kabyle @camillemoissinac
La Petite Kabyle @camillemoissinac

Un livre très ludique, drôle, parfait pour les plus curieux qui trouveront dans les dernières pages, la recette d’un plat traditionnel, le Tifinagh (l’alphabet berbère), et un lexique de quelques mots berbères.

Les suites de La Petite Kabyle ?

Sonia Amori a choisi d’auto-éditer ce premier tome. “Je voulais disposer d’une certaine liberté de création et voir comment il serait accueilli par le public avant de me tourner vers des sociétés d’édition”, explique-t-elle. Et c’est chose faite. “Il a été présenté aux enfants dans le 18ème arrondissement et il a remporté l’adhésion des petit.e.s. Beaucoup ont pu s’identifier à notre héroïne“, s’enthousiasme Coralie Paquelier.

(c) Capture d'écran blog de Coralie Paquelier "La vie est merveilleuse"
(c) Capture d’écran blog de Coralie Paquelier “La vie est merveilleuse”

L’ouvrage, d’ores-et-déjà commercialisé sur internet et par librairie Gibert Joseph Barbès, atteint un public très divers. Une satisfaction pour Sonia Amori qui voulait “une histoire universelle”. Y aura-t-il des suites ? C’est le désir des deux auteures qui poursuivent leur processus d’écriture. Et dans sa volonté de monter d’un cran dans la promotion de la vaste culture amazigh, Sonia Amori envisage d’ouvrir, d’ici à deux ans, une Maison berbère. A suivre…

Suivez Lynda Zerouk sur Twitter : @lylyzerouk

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Sonia Amori (à gauche) et Coralie Paquelier (à droite), co-auteures de La Petite Kabyle  (c) @christianmamoun