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La seconde vie de Djamila

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    A quelque chose malheur est bon dit un vieux dicton. Ce malheur, sous forme d’accident, arriva un jour à Djamila. Une malencontreuse chute, comme on en fait assez souvent mais qui provoqua un traumatisme à cette fille aussi douce que la brise de l’été. Paralysée au niveau des membres inférieurs, elle devint handicapée. Un calvaire qui dura des mois pour cet ange magnifique.

    La voilà privée des simples gestes de la vie quotidienne, elle qui aimait tant voltiger sous le soleil doux comme un papillon des jardins qui sait donner tout son sens à sa courte vie. Comme l’abeille qui tire le meilleur nectar de ces fleurs parfumées comme seul sait en faire le printemps synonyme du réveil de la nature. La voilà clouée à son lit « tombeau de l’amour pour ceux qui savent savourer la vie » et prisonnière de rêves, transformés en cauchemars par ce coup du sort. Des rêves qu’elle ne peut réaliser. Le fauteuil roulant devient son antre et son moyen de transport dans le petit espace de la maison familiale devenue son monde.

    Scientifique invétérée Djamila est aussi douée d’une grande sensibilité. La fibre poétique des « matheux », quand elle se réveille, est telle ces torrents impétueux qui charrient autant de tendresse que ne peut en contenir le monde des humains. Djamila, nom que lui avait légué son défunt père n’est pas comme celle de la chanson de Lounis Aït-Menguellet. Car , fantasmait Lounis dans son remake « Thiregwa », « Djamila est passée sans qu’on ne vit son visage ». La Djamila dont il est question est bien réelle celle-là . Car elle est hymne à la vie.

    Qui mieux qu’elle sait explorer la profondeur de l’âme ? Dans le petit espace qui lui sert désormais de cadre de vie, elle se construit tout un monde irréel mais frappant de vérité. N’étant pas du genre à abdiquer, elle transcende sa vie de handicapée pour en faire une source de vitalité. Mais aussi d’humanité. Qui mieux qu’elle pouvait comprendre le drame des handicapés aussi bien qu’elle qui, hier encore, gambadait, insouciante, comme un jeune chevreuil sur les plaines verdoyantes ?

    Elle rêvait à la meilleure façon de se rendre utile à cette frange de la société. Elle rêvait aussi de réinvestir les observations du jury lors de la présentation de sa thèse de fin d’études pour en sortir un fabuleux mémoire qu’elle proposera pour étude. Mais aussi de saisir à la postérité cet amour de la vie que lui a légué son défunt père qu’elle aimait par-dessus tout. Un père dont elle a hérité de la sagesse et du de la force mentale, lui qui fit face , de son vivant, courageusement à une grave maladie. Et le miracle se produisit le jour où elle retrouva l’usage de ses membres. Et elle concrétisa dans cette deuxième vie tout ce dont elle a rêvé paralysée. Aux jeunes handicapés, elle donne son amour, à son mémoire elle redonne une seconde vie, et à son père, elle réalise une sublime fresque poétique sur la symbolique du soleil, des fleurs, et des oiseaux. Mais de ces oiseaux qu’on surprend à chanter jour et nuit au printemps perchés sur les plus hautes branches pour porter haut et loin leurs douces mélodies printanières afin de perpétuer cette saison. La saison de Djamila. Un jour, un de ces oiseaux lui rendit visite. En messager divin, il la gratifia d’un joli vol synonyme de guérison. Et de nouveau départ pour Djamila qui pleura d’espoir.

    Hammoum Salem

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