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Mustapha Hetal, rescapé du massacre du 17 octobre 1961, raconte

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    « Depuis le 6 octobre 1961, on était asphyxiés ; on ne pouvait pas sortir dès la tombée de la nuit à cause du couvre-feu. Le 17 octobre 1961, il y avait une manifestation des algériens contre le couvre-feu ».  

    Celui qui parle, c’est Mustapha Hetal, originaire du village Ibouyesfene, dans la commune de Bouzeguène. Dda Mustapha, âgé aujourd’hui, de 84 ans, n’avait que 25 ans, en 1961.

    « J’habitais dans le 19eme arrondissement. Il était environ onze heures, j’ai décidé rentrer dans ma chambre de peur d’être arrêté, raconte Dda Mustapha. « Quand je suis arrivé au niveau d’une passerelle qui surplombe une voie ferrée, un fourgon de police me rejoint. J’ai continué  à marcher feignant de n’avoir rien vu, ni entendu. Deux policiers sont descendus pour m’interpeler. Les deux flics avaient le teint basané.  Ils s’adressent à moi en me disant si je suis arabe, kabyle, marocain ou tunisien. Je leur ai répondu que je suis Kabyle. Ils m’ont poussé dans le fourgon puis ils ont démarré. Il n’y avait personne à l’intérieur. L’un d’eux tourne sa tête légèrement et me dit : « Tu sais nager ? Je lui ai répondu par la négation. Son collègue lui a murmuré quelque chose, mais je n’ai rien compris.

    Le fourgon s’est arrêté juste à l’angle d’une rue qui fait face, au loin, au pont St Michel que je connais bien. J’entendais des coups de feu et des cris. Certains algériens sautaient volontairement dans l’eau pour éviter d’être attachés ou tués. J’ai fait semblant de tomber pour susciter la pitié. On me relève puis je reçois un coup de pied et un coup de crosse au bas de la nuque et un autre coup de matraque. Les deux policiers me saisissent, l’un par les pieds, l’autre par les mains. Ils m’ont balancé deux fois avant qu’on me jette par-dessus le pont. J’ai failli toucher les profondeurs de la Seine. J’ai avalé de l’eau avant de remonter. J’ai été entrainé directement vers les piliers du pont, heureusement du côté de la berge où je me suis agrippé, les pieds dans l’eau, le buste dans l’air. L’eau était glacée mais  j’ai résisté plutôt de mourir. J’ai peur que les policiers me voient et me tirer dessus. Il faisait sombre sous le pont. Je voyais des corps qui s’agitaient dans l’eau avant de disparaitre. Les policiers surveillaient même avec des torches. J’avais une montre pour savoir l’heure qu’il est, mais je ne voyais rien. Le silence revenu, je suis monté et marché sur la voie sur berge en suivant la pénombre. J’ai marché très longtemps. Je suis arrivé à un moulin à grains. J’ai vu quelqu’un assis devant un feu de bois allumé dans un bidon de peinture. Je me suis approché pour me réchauffer. Il a vu que j’avais froid, il m’a dit de m’asseoir. Lorsque j’ai retrouvé un peu de forces, j’ai continué mon chemin vers ma chambre, au 134, rue de Flandre, dans le 19eme ».

    Dda Mustapha, vit au village de sa propre retraite. Il traine toujours des séquelles de cette nuit macabre. Il n’a jamais cherché une quelconque reconnaissance en tant que victime de guerre.

    KAMEL KACI

     

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