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Portrait Hamadi Smaïl, le dernier horloger de Bouzeguène

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    Assis sur son tabouret devant sa petite table de fortune, sur laquelle on aperçoit des boîtiers en plastique ouverts, Smaïl Hamadi fait quasiment partie du décor local.

     

    Il est là chaque matin, depuis plusieurs dizaines d’années, sur le trottoir faisant face au mur de la poste du chef-lieu de Bouzeguène. C’est là qu’il s’adonne, avec dévouement, à sa passion d’horloger. Qui ne connaît pas Hamadi Smaïl, du village Ibouyesfen (commune de Bouzeguène) ? C’est normal, c’est le seul, à des dizaines de kilomètres à la ronde, qui maîtrise les petits secrets des montres et qui, naturellement, sait donc s’occuper encore de leur réparation. Grâce à lui, on découvre encore des gens très nostalgiques, à vouloir, encore, garder et s’accrocher à leurs vieilles montres à remontoir ou à leur vieux réveil “Jaz”.

    Dès qu’il arrive sur cette habituelle place, la plus animée du chef-lieu communal, il ouvre ses boîtiers en plastique et en ressort sa marchandise destinée à la vente : montres, bracelets, lunettes de vue, loupes, vieux réveils de marque en marche, piles, axes…, mais surtout son petit matériel de réparation des montres : tournevis, cutter, lunette grossissante, lames, pointes, pincettes, sans parler des petits tiroirs remplis de pièces détachées, etc. Smaïl, en bricoleur expérimenté, ne renvoie jamais ses clients quels que que soient leurs soucis : une pendule en panne, une montre qui prend de l’âge et du retard, un problème d’étanchéité de votre montre, etc., autant de soucis qui démontrent que vous avez besoin de Smaïl. Au moment où des montres se vendent au kilo, notre réparateur, lui, ne manque pas de travail. “Il y a des personnes qui ne peuvent pas se séparer de leurs montres et préfèrent mettre le prix pour les remettre en marche que d’acheter une nouvelle montre à durée de vie limitée”, dit Smaïl, les mains toujours occupées à enlever le couvercle d’une montre qu’un client venait de lui confier. “Le prix de la réparation dépend de la valeur globale de la montre. Je ne peux pas demander le prix d’une réparation qui dépasse la valeur de celle-ci (la montre), c’est normal ! Parfois je ne prends rien du tout”, ajoute-t-il.

    La carrière de Smaïl dépasse les trente années d’exercice. “Après la mort de mon père, durant les années 1970, j’ai commencé à travailler très jeune auprès d’un vieux qui m’a appris le métier et ses subtilités. Ensuite, j’ai déménagé à Alger, rue Randon, où j’ai passé plus de 20 ans. À l’époque, le métier proliférait. Dans une ruelle de la Casbah, il y avait, tous les dix mètres, un réparateur de montres. On travaillait tous, mais les plus compétents avaient plus de clients”, se remémorait-il, avec un brin de nostalgie. “Aujourd’hui, ajoute-il, ce n’est, malheureusement, plus le cas. Il n’y a plus de réparateurs. C’est un métier qui se perd. Les vieux horlogers d’Azazga, par exemple, ne sont plus de ce monde. C’est partout pareil ! Il n’y a personne qui veut reprendre ce travail. Avec la technologie qui envahit le monde, beaucoup de métiers disparaissent, c’est inéluctable”, regrette Smaïl. Toute la semaine, excepté le vendredi, Smaïl est toujours à sa place habituelle qui ne désemplit jamais. Tout le monde éprouve de l’estime à sa personne et aime surtout le regarder travailler.

    Le démontage des montres n’est pas facile ; et comment fera-t-il pour remettre toutes les pièces, si petites, en place ? sembleraient s’interroger des passants, les yeux fixés sur ses doigts habiles. Sans fiche technique, sans mode d’emploi, Smaïl prend les pièces une à une et les positionne dans un boîtier qui semble encore tout petit, même à travers la loupe. Il fait cela avec une facilité et une aisance qui laissent admiratif tout ce public curieux à souhait. En un rien de temps, vous entendez le clac du couvercle, il vous règle l’heure et vous dit : “Voilà, c’est fini !” Sacré Smaïl !

    KAMEL NATH OUKACI

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