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Tajmaat, à la croisée des chemins

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En préambule à l’article de Kamel Kaci du 27 Janvier 2015, voici deux lignes pour souligner cette vénérable institution qu’est Tajmaat… plus que jamais moderne et d’actualité dans nos sociétés en crise de sens……
Des anthropologues, des linguistes, des communautés estudiantines et universitaires, des historiens et des comités de village, ont été conviés dernièrement par la coordination des associations de la commune d’Illoula Oumalou (Bouzeguène), pour une rencontre débat sur «l’institution villageoise et son impact sur l’environnement et son rôle social».

De nombreuses communications ont été présentées par des spécialistes en anthropologie, en civilisation amazighe, des informaticiens, des historiens et autres intellectuels de différentes facultés des wilayas environnantes sous des thématiques diverses ayant trait à l’institution villageoise, l’histoire de la région, l’apport de l’institution sur l’environnement et sur le social, le rôle de l’institution dans la gestion des affaires publiques, ses relations avec l’Etat (pouvoirs publics) et l’état des lieux du village kabyle : économie, social, environnement.

Les communicants, entre autres, Rachid Oulebsir, Kenzi Azzedine, Allem Saïd, Moussouni Akli, Tayeb Mohand Larbi et Arezki, qui ont présenté leurs travaux sur le sujet du village, ont été également confrontés aux questions de l’assistance qui voulait de plus amples explications sur les thèmes évoqués. Pour beaucoup d’intervenants, appuyés par les citoyens présents, les anciens, nos ancêtres, ont géré leur quotidien bien mieux que nous ne le faisons actuellement.

Retour aux sources

Tous les participants à cette rencontre préconisent le retour tous azimuts, aux pratiques anciennes dans la gestion des affaires du village, notamment la gestion des déchets qui accablent nos cités. Il faut faire la sensibilisation dans les écoles car l’homme de demain, c’est l’enfant d’aujourd’hui. Beaucoup se sont interrogés sur l’absence de concrétisation, sur le terrain, de nos valeurs, qui existent, certes, dans la société villageoise, mais elles sont quelque peu ignorées et ce sont les étrangers qui se l’approprient.

Sur l’absence de la femme dans l’institution villageoise, un intervenant a expliqué que le village constitue une société paysanne et patriarcale, c’est l’homme qui a de l’importance mais la femme n’est pas exclue.

Elle a son milieu spécifique à la maison, mais malgré son absence dans «tajmaat», son rôle est prépondérant, car elle influe indirectement sur les décisions qui seront prises par le village. La maison, la fontaine du village sont des lieux de socialisation de la gent féminine. Beaucoup se sont interrogés sur les nuances entre l’espace villageois, l’espace public et l’espace privé, qui détient le pouvoir et qui fait le pouvoir au village, le rapport des individus avec l’espace public (le baylek).

On s’est interrogés sur la possibilité de l’étatisation de tajmaat, sa reconnaissance par l’Etat. Tous ont répondu par la négative, mais, comme l’explique un universitaire, «tajmaat» est en route vers la bureaucratisation en raison d’une crise structurelle, de renversement des valeurs, de l’absence de discipline dans les villages.

Aujourd’hui, contrairement à nos valeurs, ce sont les vieux qui demandent conseil aux jeunes. Certains ont relevé le blocage qui accablent nombre de villages, comme l’explique un jeune d’un village de la daïra de Boghni : «Nous avons dans notre village des intellectuels, des hauts gradés dans l’armée, des étudiants, des commerçants très riches, des femmes actives, etc. mais ça ne marche pas. Si ça bouge un peu, c’est grâce au tissu associatif », clame-t-il par dépit.

Kamel K.El Watan

Rédaction

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