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Une vie sans amour comme tous les jours

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Muhend At Lhif et Tawes At Ulac se sont mariés par hasard. Leurs parents les ont unis pour des considérations familiales, traditionnelles et économiques. Le mariage « pour le meilleur et pour le pire » était pour eux un slogan creux sans aucun sens. Ils se sont mariés sans conviction, sans affinités et sans consentement, uniquement pour perpétuer l’espèce et faire plaisir à des parents malades et âgés qui voulaient partir dans l’autre monde avec des cœurs légers, gais et soulagés.

Muhend et Tawes vivent côte à côte dans un monde de solitude pétri dans le moule des traditions, de la routine et des habitudes, de la culture léguée par les parents, un monde figé, monotone, sclérosé, dépourvu d’amour, de rêves, de sensualité et de fantasmes.

Durant toute leur vie réglée comme une montre suisse, ils n’ont jamais lu un roman érotique qui puisse exciter leurs sens endormis. Ils n’ont jamais regardé un film d’amour ensemble. Ils regardent uniquement la télévision du pouvoir islamiste, conservateur et intégriste qui censure les caresses, les baisers, les sourires langoureux et tout ce qui attise les désirs refoulés et les émotions interdites.

C’est la tombée de la nuit. Muhend et Tawes s’assurent que tous leurs enfants soient endormis. Ils font (l’amour) à la va-vite dans le noir, tout habillés. L’affaire est expédiée rapidement comme une corvée sans plaisir ni préliminaires. L’homme épanché son désir sexuel. L’épouse obéissante et soumise supporte les assauts brutaux de son époux. Elle l’excite exprès pour précipiter son désir afin de retrouver au plus vite la paix et la liberté. La corvée terminée, chacun retrouve son espace délimité dans le lit. Ils retombent ensuite dans le mutisme habituel, seul moyen d’éviter les querelles qui éclatent souvent pour des futilités.

Le soleil darde ses premiers rayons sur les collines du Djurdjura. Ils se lèvent en silence comme d’habitude. Tawes prépare le café et Muhend écoute la radio. Ils ingurgitent le café, muets comme des carpes. Avant de sortir, Muhend grommelle quelques mots que Tawes comprend heureusement.

-« Que dois-je acheter au marché ? »

« Des pommes de terre, des navets et des carottes ! »

A midi, Muhend revient avec ses commissions. Toujours aucun n’échange d’amabilité, de gentillesse ou de tendresse entre les deux époux. Chacun mange son déjeuner dans son coin en silence, comme d’habitude !

Par Hammar Boussad.

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